Mes parents ont choisi de m’inscrire à l’école Steiner et se sont intéressés à sa pédagogie par leur métier. L’approche anthroposophique de l’accompagnement et de l’accueil des nouveaux nés a tout particulièrement suscité leur curiosité. Tous deux exercent en effet dans le milieu médical, en tant que sage-femme et gynécologue.

J’ai donc été au jardin d’enfants de l’école puis en classe jusqu’à la 7ème année, avant de rejoindre le système classique de l’éducation nationale, à 14 ans. J’ai quitté l’école avant la fin du cycle pédagogique de 8 ans, qui se conclut par la préparation et la représentation d’une pièce de théâtre. J’éprouve aujourd’hui quelques regrets de ne pas avoir terminé ce cycle, ni préparé cette pièce de théâtre avec mes camarades.

J’ai notamment gardé en souvenir de ma scolarité à l’école Steiner le rythme des classes, leur variété et l’accompagnement au plus proche des élèves.

Notre scolarité, dans les « petites classes », se composait aussi bien de cours de mathématiques, d’histoire ou de géographie que de jardinage, de travaux manuels ou d’eurythmie. Je ne me souviens pas avoir vécu ces cours comme des contraintes, ni qu’ils aient été sources d’anxiété, notamment face à l’évaluation qui n’est pas sanctionnée par des notes à l’école Steiner. Ce fut plutôt un cadre de découvertes stimulant, bien qu’il ait supposé un apprentissage personnel et des devoirs.

Je me suis aperçu, surtout après avoir quitté l’école, que ces activités n’étaient pas uniquement ludiques comme je l’ai vécu à l’époque, mais permettaient de développer certaines compétences, de nourrir des aspects de notre personnalité. Le travail de jardinage nous encourageait ainsi à entretenir et cultiver une parcelle de terre, de laquelle nous étions responsables. Les travaux manuels, à travers la couture, le crochet, l’usage de la machine à coudre exigeaient des élèves une rigueur, une concentration dans l’exécution d’une tâche manuelle. Ceci aurait pu sembler bien étrange pour un élève du système d’éducation classique, mais je suis persuadé que la réalisation de ces travaux procurait la satisfaction d’avoir mené à bout un projet, d’avoir crée quelque chose. Idem pour l’eurythmie dont je garde, au-delà de sa fonction artistique ou pédagogique, le souvenir d’un exercice qui nous aidait à prendre conscience des mouvements de notre corps, ainsi qu’à apprendre à se positionner dans l’espace.

D’autres cours comme le travail du bois, où nous devions sculpter un bilboquet, un bateau, permettaient aux élèves de créer un objet qu’ils pouvaient ramener chez eux et dont ils pouvaient être fiers. Je suis persuadé que ces activités m’ont apporté quelque chose et m’ont aidé dans ma relation au travail, dans la persévérance face à une tâche et la satisfaction de l’avoir accompli jusqu’au bout.

C’est également ainsi que je me rappelle les cours de géographie ou d’histoire, où nous commencions par visualiser et retracer le chemin qui nous menait de l’école à la maison, avant de changer progressivement d’échelle, ou encore nous débutions l’histoire par la découverte de la mythologie arabe ou nordique. De même pour les mathématiques où les tables de multiplications s’apprenaient d’abord en utilisant des bâtonnets, de façon concrète avant d’aller vers une plus grande abstraction.

Louis Navé